La sélection de la semaine de votre chroniqueur dévoué

du gros son et du bon son ? c'est tout ce qui est necessaire ici

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La sélection de la semaine de votre chroniqueur dévoué

Messagede Bob » 22 Aoû 2009 15:09

Une chronique par semaine, je ne sais pas ce que ça va donner mais l'idée me plaisait bien =)


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Octahedron (2009)
The Mars Volta

Rock/Pop/Progressif/Psychédélique

A peine un an après la sortie du puissant Bedlam in Goliath, les deux touffus de Mars Volta - cedric Bixler et Omar Rodriguez - annoncent déjà sa suite, intitulé Octahedron. A ce rythme (6 albums en 6 ans, dont un live) celui-ci n'a même pas eu le temps d'être attendu ; ainsi, il ne constitue plus un évènement et peinerait presque à être considéré comme un album à part entière.
Peut-être anecdotique à la première écoute, on se rend vite à l'évidence que Octahedron constitue - et constituera très certainement - un album à part dans la discographie du groupe, antithèse parfaite de son prédécesseur. Là où Bedlam était rageur, explosif, expédiant dans l'immédiat un rock très rythmé et plutôt complexe (avec la présente d'un nouveau batteur très énergique), Octahedron est une complainte, composée de douces balades mélancoliques et simples dans la forme.

La conception d'Omar et Cedric d'un album folk. Dès le début de l'album, un long silence, tranchant clairement avec le ton survolté du précédent opus. Les riffs pourtant ne trompent pas : leur style tourbillonnant et technique reconnaissable entre mille, nous amène directement en terrain connu. La différence flagrante est dans l'ambiance. Les différents éléments, batterie, basse, guitare et chant, s'approchent lentement de la scène et prennent leur temps pour plonger dans la tête de l'auditeur une apaisante mélodie. Celle-ci ("Since We've Been Wrong") comme les 7 autres de l'album se révèle très accrocheuse et entêtante, le groupe perdant leur son expérimental au profit d'un format presque pop avec couplets et refrains bien découpés. "Cotopaxi", titre central (et le plus court de l'album), casse un peu cette rythmique par un son plus violent, sur lequel on retrouve d'ailleurs une influence flagrante de King Crimson (vers 1min30). Parfois, c'est un son plus électro qui en ressort, rappelant parfois même Homogenic de Björk ("Copernicus").
Il demeure pourtant cette impression déjà présente sur Bedlam in Goliath ; si Octahedron apporte un ton calme et serein, Mars Volta semble avoir créé ses propres codes de compositions et s'y maintient à chaque nouveau titre. Ainsi, si le changement de ton entre les deux albums surprend, le fond reste le plus souvent sans surprise.

Octahedron restera donc l'épopée romantique, mystérieuse et envoûtante de Mars Volta, et constitue en cela un album très intéressant. Frais, direct, varié et efficace, il n'aura aucun mal à satisfaire quiconque ayant déjà quelques affinités avec le groupe. Il n'est cependant pas exclu d'attendre un plus d'un groupe qui, s'il sait changer de ton, peine à renouveler complètement sa formule.

7/10

Tracklist :
1- Since We've Been Wrong
2- Teflon
3- Halo of Nembutals
4- With Twilight as My Guide
5- Cotopaxi
6- Desperate Graves
7- Copernicus
8- Luciforms

(Bold> à écouter)

Note sur l'artwork : comme d'hab depuis Amputechture, ils font dans la peinture surréaliste. Marrant de constater que c'est également à partir de cet album que j'ai commencé à trouver qu'ils se répétaient un peu. Sinon je la trouve plutôt réussie, les couleurs vives la rendent accrocheuse.

http://www.myspace.com/themarsvolta
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Re: La sélection de la semaine de votre chroniqueur dévoué

Messagede Bob » 26 Aoû 2009 21:13

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Mirrored (2007)
Battles

Tout ce qui leur tombe sous la main (math-rock-électro-expérimental)

C'est l'histoire de quatre mecs qui rentrent dans un studio et restent fascinés devant le lot d'instruments -et donc de possibilités- qui se présentent à eux. Ils ont chacun leur expérience musicale propre (Don Caballero, Helmet, Tomahawk...) mais ont décidé en entrant dans ce studio d'oublier un peu leurs vieilles habitudes et de partir vers quelque chose de nouveau, de différent. Battles sera donc un projet démarrant du point zéro pour aller vers... dieu seul sait où.

L'oeuvre est ainsi purement expérimentale mais trouve malgré ça une forte cohérence et ne perd pas l'auditeur dans un flot de sons dénués de sens. On prend même très vite ses repères à travers certaines mélodies incroyablement entêtantes ("Atlas", "Leyendecker"), s'affranchissant de tout style pré-conçu ; ni vraiment électro, ni vraiment rock, Battles navigue entre différentes influences. On pense tantôt à Aphex Twin, à Mr Bungle, Liars ("Rainbow"), ou encore Animal Collective ("Bad Trails"). Rien d'étonnant pour Aphex Twin par ailleurs, l'album étant produit sur le label Warp fondé par Richard D James. Ce simple argument a suffi à rendre cet album hype à sa sortie, certains se retrouvant pourtant vite rebutés par le son déjanté et agressif du groupe, loin des productions IDM habituelles du label (comme Boards of Canada ou Autechre, par exemple).
Une des forces de Mirrored est d'ailleurs son côté touche-à-tout, au risque de paraître parfois brouillon (on s'imaginerait presque un cirque ou une foire, pour dire). Le groupe ose, essaie, cumule les rythmiques et les riffs complexes façon math-rock, auxquels s'ajoutent un son de synthé et des voix complètement délirantes. On notera également que l'album s'essouffle un poil sur la fin ; "Tij", en demi-teinte, donne l'impression de -pour rester poli- partir en cacahuète de manière monstrueuse.

L'auditeur suit cette sorte d'exploration sonore en constante évolution, de son entrée ("Race:in") à sa sortie très différente ("Race:out"). Si le côté barré et les voix peuvent agacer, Mirrored se révèle irréfutablement audacieux, personnel et varié. Avec lui, Battles assure un bon premier album, qui intrigue et intéresse. Un groupe prometteur, dont on attend déjà la suite.

7,5/10

Tracklist :

1 Race : In
2 Atlas
3 Ddiamondd
4 Tonto
5 Leyendecker
6 Rainbow
7 Bad Trails
8 Prismism
9 Snare Hangar
10 Tij
11 Race : Out

Note sur l'artwork : difficile de mieux faire, quand il s'agit de faire correspondre un visuel à une musique. Pari réussi !

http://www.myspace.com/battlestheband



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Re: La sélection de la semaine de votre chroniqueur dévoué

Messagede kong » 26 Aoû 2009 21:29

J'avoue avoir un peu de mal là avec Battles là, ca par un peu dans tous les sens je trouve, même si on sent que les mecs ont bossé a mort derrière, le méli mélo des genre a pas trop pris pour moi... Après je n'ai écouté que les deux vidéos que t'as mis. Par contre, j'imagine qu'avec le clip ca peut être bon, dans un délire a la MGMT, surtout en mode défonce :-p Donc j'accroche pas sans image. Avec un bon clip, ca peut le faire.
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Re: La sélection de la semaine de votre chroniqueur dévoué

Messagede Hed » 26 Aoû 2009 22:42

Bob, notre critique officiel :)
J'aime bien tes critiques.

J'ai écouté les deux extraits video de Battles là.
Dans Atlas le rythme est bon, le reste j'aime moins, les Ewoks qui chantent ça m'le fait moyen ;)
Tonto adopte un son volontairement disharmonieux qui passe pas toujours. J'adhère bien les parties bien calmes et posées comme la fin, là ça passe bien.
Bon, ils veulent tester des trucs, pourquoi pas ?
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Re: La sélection de la semaine de votre chroniqueur dévoué

Messagede B.E.C.K. » 27 Aoû 2009 10:32

Pas exceptionnel ce Battles (comme Kong, je n'ai écouté que les deux titres que tu nous présentes). Ca se veut être du rock calculé pour gens intelligents (un peu dans le trip Beefheart ou Zappa) mais c'est plus du n'importe quoi inaudible que quelque chose de réfléchi. Personnellement, j'accroche pas du tout.
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Re: La sélection de la semaine de votre chroniqueur dévoué

Messagede Bob » 27 Aoû 2009 17:28

Hed a écrit:Bob, notre critique officiel :)
J'aime bien tes critiques.

Merci ! Pour ce topic c'est juste pour essayer. Pour faire une bonne chronique il faut avoir du style, qui accroche le lecteur et ne pas se contenter d'une suite de superlatifs (ce que je fais malheureusement la plupart du temps) et aussi avoir un bon vocabulaire pour décrire la musique. Sans fausse modestie je pense être encore loin de ce stade mais à force d'écrire j'espère pouvoir faire mieux. Je lis pas mal de webzines et j'ai découvert tellement de bons groupes via des chroniques très intéressantes, j'ai toujours voulu m'y mettre...

Dans Atlas le rythme est bon, le reste j'aime moins, les Ewoks qui chantent ça m'le fait moyen ;)
Tonto adopte un son volontairement disharmonieux qui passe pas toujours. J'adhère bien les parties bien calmes et posées comme la fin, là ça passe bien.
Bon, ils veulent tester des trucs, pourquoi pas ?

"disharmonieux" est un bon terme pour les qualifier, ouais. Je précise au passage qu'au début je n'aimais pas du tout ce qu'ils faisaient, je trouvais les voix oppressantes et énervantes. J'aurais dû préciser, je pense qu'en fait il faut être un peu initié au math-rock et à ce type de composition complexe pour mieux apprécier leur travail.
C'est après plusieurs écoutes que ces mélodies se sont avérés très entêtantes et bien moins complexes qu'elles n'y paraissaient - d'où le fait que j'en parle comme d'un album "accessible", alors qu'en réalité il ne l'est pas tant.

Ca se veut être du rock calculé pour gens intelligents (un peu dans le trip Beefheart ou Zappa) mais c'est plus du n'importe quoi inaudible que quelque chose de réfléchi.

Hm là je suis pas trop d'accord, tu parles justement de rock calculé (math-rock donc), c'est justement une étiquette qu'ils se refusent et ça se comprend : ils n'en font pas, ça dépasse largement ce cadre (influences électro, côté barré style Patton). Beaucoup de groupes font du math-rock et sonnent de manière prétentieuse parce qu'ils pompent Shellac, Drive Like Jehu ou Don Caballero. Don Caballero dont un des membres fait d'ailleurs parti de Battles, donc il sait de quoi il parle. La complexité ne fait pas toujours la prétention.

Merci d'avoir réagi à l'article et donné votre avis en tout cas =D
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Re: La sélection de la semaine de votre chroniqueur dévoué

Messagede Bob » 12 Sep 2009 21:07

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Heart On (2008)
Eagles of Death Metal

Stoner/Rock'n'Roll branché

Les Eagles Of Death Metal, plutôt que d'être un groupe à part entière, ont plus souvent donné l'impression d'être une blague. Side-project du charismatique Josh Homme, cette étiquette ne fait que les mettre dans l'ombre des Queens of the Stone Age, à côté desquels ils apparaissent surtout comme un groupe de seconde zone, qu'on écoute une fois et basta. Le côté amusant volontairement donné à leur musique n'aide pas plus l'auditeur à prendre le groupe au sérieux (le nom de leur groupe en témoigne). Et de ce fait, les deux premiers albums -aussi sympathiques soient-ils- avaient vite fait d'ennuyer, la même recette étant inlassablement appliquée à chaque morceau.
Loin de moi l'idée d'affirmer que les choses ont changé avec cet album. Sans être fondamentalement différent, Heart On surprend par une certaine ouverture d'esprit de la part du leader des Eagles, j'ai nommé le moustachu Jesse Hughes.
Les premières secondes de "Anything 'cept The Truth" ne trompent pas : avec ces riffs rock'n'roll bien gras et ces rythmiques qui font taper du pied, le style de Jesse Hughes est reconnaissable entre mille. Mais au fil de l'écoute, on ne peut que constater une évolution : moins fou mais plus riche et varié, l'album présente également un son plus lourd avec une basse qui se fait davantage entendre que sur les précédents opus. Ce détail -aussi petit soit-il- ajoute directement bien plus de poids à leurs compositions.
L'instrumentation est plus réfléchie (choeurs, synthés, claquements de main, etc) et Jesse n'hésite plus à démontrer qu'il a du talent pour créer des riffs entêtants. Ceux-ci sont plus mis en avant ("Heart On", "Wannabe in LA"). "I'm Your Torpedo", qui conclut l'album, en constitue la preuve irréfutable ; rythme implacable, deux basses mises en avant, la voix presque en arrière-plan.

Dans sa globalité l'album adopte un ton moins décalé et porté sur le délire, mais le rockeur roux y fait preuve d'une plus grande maîtrise de sa musique, d'une plus grande assurance, voire d'une certaine maturité. Il possède une ambiance particulière, qu'on peut qualifier d'électrique au son des guitares grésillantes. Le premier avantage qu'on en tire : les Eagles Of Death Metal semblent trouver une nouvelle voie, prendre une personnalité qui leur est propre. Et leurs mélodies, moins pompeuses, s'avèrent bien moins lassantes. Si vous chercher du rock'n'roll qui bouge et qui groove sans se prendre la tête, vous avez frappé à la bonne porte.

Tracklist :

1 Anything 'Cept the Truth
2 Wannabe in LA
3 (I Used to Couldn't Dance) Tight Pants
4 High Voltage (youtube)
5 Secret Plans
6 Now I'm a Fool
7 Heart On
8 Cheap Thrills
9 How Can a Man With So Many Friends Feel So Alone
10 Solo Flights
11 Prissy Prancin'
12 I'm Your Torpedo (youtube, foutez le volume à fond)


8/10



http://www.myspace.com/eaglesofdeathmetal

Note sur l'artwork :
L'album fait l'effet d'une décharge, donc on peut dire que ça colle plutôt bien.

Bonus :
Premier clip des EoDM (2004)
Jesse Hughes avec Jack Black
Dernière édition par Bob le 15 Sep 2009 14:24, édité 1 fois.
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Re: La sélection de la semaine de votre chroniqueur dévoué

Messagede BazzBazz » 15 Sep 2009 12:50

Je suis d'accord avec toi, Heart On est un super album. Lorsque j'ai découvert le groupe, Death By Sexy m'avait fait pas mal bloqué, Trop bordélique, barré (The Queen And Baby Duck :D) n'empeche qu'avec du recul c'est un bon album.
Heart On est plus mature mais tout en restant dans la veine du précédent (a l'occasion faudrait que j'écoute leur premier album), c'est a dire bien trippant. Le groupe aligne les chansons bien punchy avec une aisance folle, ma préférée étant High Voltage.

Le dernier Mars Volta, a la première écoute je l'ai trouvé pas mal du tout. Le changement dans leur musique est radical, quand on voit la puissance sonore d'un Bedlam In Goliath par exemple. Les sonorités electro audibles par moment apportent une part de nouveauté bienvenue.
J'aime beaucoup la chanson Copernicus.
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Re: La sélection de la semaine de votre chroniqueur dévoué

Messagede Bob » 17 Sep 2009 18:59

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Miss Machine (2004)
The Dillinger Escape Plan

Metal-Hardcore mathématique, barré, rock et jazzy

Ecrire à propos d'un album qu'on est venu à considérer avec le temps comme un classique est plus difficile qu'il n'y paraît. Il est facile de se perdre dans un lot de superlatifs tous aussi vagues les uns que les autres, le malheureux chroniqueur aveuglé et emporté par l'amour qu'il porte pour le disque. Il se doit aussi de ne pas en faire trop, afin que le lecteur soit en mesure de ne pas attendre plus que ce que la musique aura à lui proposer en réalité. En ce qui me concerne, écrire sur Miss Machine est donc un excellent exercice, car celui-ci a définitivement changer ma perception de la musique (ça y est, j'en fais déjà trop).

Plaçons-nous dans le contexte :
The Dillinger Escape Plan, en 2000, n'a plus de chanteur. Leur premier album Calcuting Infinity (sorti en 1999) leur a déjà apporté une certaine notoriété dans le monde de la musique extrême, grâce à leur maîtrise imparable d'un hardcore chaotique aux compositions jazzy. Le petit nouveau qui rejoint le groupe en 2002 est un certain Greg Puciato, qui s'avère être à la base un très grand fan du groupe. La même année, le groupe sort un EP en collaboration avec Mike Patton (dans lequel ils font une reprise étonnante de "Come to Daddy" d'Aphex Twin), avant de se lancer un an plus tard dans la préparation d'un nouvel album.
Le titre "Miss Machine" évoquerait ici une ex-petite amie de Puciato.

Qu'on soit dans une salle de concert ou en train d'insérer le disque de Miss Machine dans son lecteur, l'effet de "Panasonic Youth" est le même : une claque. En moins de 2 secondes, le décor est planté, tout part dans tous les sens et l'auditeur est emporté dans ce qu'il considérera au premier abord comme un bordel sonore. Il ne peut en être autrement. Je pense même que c'est clairement l'effet désiré.
Pour moi ces types font simplement du rock à leur manière, et celui-ci ne se calque sur aucun modèle qui soit. Au moment où l'on croit saisir le rythme ou le riff, il a déjà changé. C'est pourtant là que Miss Machine tranche avec son prédécesseur ; plus varié, plus expérimental, Greg Puciato apporte de nouvelles sonorités qui amèneront le groupe à être apprécié d'un public plus large, mais boudé par des puristes pour son côté mélodique.

Oui, je sais. "mélodie" semble être un mot inconcevable lorsqu'on parle de The Dillinger Escape Plan. Et pourtant, en y regardant de plus près, la moitié des titres de cet album parvient à s'approprier le format couplet / refrain de manière assez étonnante ("Setting Fire to Sleeping Giants", "Phone Home"...) ; la cerise sur le gâteau étant "Unretrofield", une chanson qu'on pourrait presque qualifier de pop pour son refrain accrocheur.
Si l'influence de Mike Patton depuis Irony is a Dead Scene est évidente, on peut aussi sentir celle de Nine Inch Nails pour les éléments électroniques apportés à leur musique. The Dillinger Escape Plan reprend d'ailleurs souvent "Wish" en live (et pour l'avoir vu, ça le fait), la voix de Greg Puciato ressemblant à s'y méprendre à celle de Trent Reznor. Les deux groupes ont également jouer ensemble le temps d'une tournée.

Le groupe conserve tout de même ce qui fait son essence ; la musique la plus imprévisible qui soit, des riffs tranchants comme une lame de rasoir, une batterie incapable de conserver le même rythme plus de quelques secondes, des interludes jazzy...
Mais c'est là justement que Miss Machine trouve son intérêt ; sa musique comme son histoire en font une incarnation du chaos et de la destruction ("Destroyer ! there'll be another just like you" gueule-t-il dans "Sunshine the Werewolf"). Greg Puciato ne comprenait visiblement rien à cette fille et l'album décrit parfaitement dans son ambiance cette relation malsaine qu'ils entretenaient, et le fait qu'il en perdait complètement la tête.

Ne vous attendez pas à apprécier dès la première écoute, ce ne sera pas le cas. Ca n'a pas été le cas pour moi, du moins.
En 2004, j'écoutais encore un fan de Korn, pour dire. Mais si le son me paraissait violent et incompréhensible, il y avait aussi là quelque chose que je n'avais jamais entendu et que j'expérimentais pour la première fois. Je n'ai donc peut-être pas tout de suite apprécié donc, mais j'étais intrigué.
Miss Machine est clairement un album qui se dévoile au fil des écoutes, qui s'apprivoise, pour saisir chaque instant où la composition change de route. Ce sera quelque chose que vous n'avez jamais entendu et n'entendrez certainement pas ailleurs. Un groupe définitivement à part qui a trouvé ici, avec un nouveau chanteur, une identité plus marquée et une musique plus ouverte sur le reste du monde.

9,5/10

Tracklist :

1 Panasonic Youth (clip youtube)
2 Sunshine the Werewolf
3 Highway Robbery (youtube)
4 Van Damsel
5 Phone Home (youtube)
6 We Are the Storm
7 Crutch Field Tongs
8 Setting Fire to Sleeping Giants (clip youtube)
9 Baby's First Coffin (youtube > one of the best songs ever)
10 Unretrofied (clip youtube)
11 The Perfect Design


Note sur l'artwork : ok, il est un peu moche. MAIS !
Un corps de fille découpée et mélangé à des machines sur fond de feuille de calcul : comment auraient-ils pu faire mieux ?

PS : je précise que le groupe a particulièrement bonne réputation pour ses concerts, dont on dit que "les guitares volent, les gens volent"
Votre serviteur dévoué en a fait l'expérience depuis le premier rang cet été et peut vous confirmer la déclaration.
Il y a une vidéo que j'aime beaucoup à ce sujet, c'est celle-ci. Juste pour les 30 premières secondes à regarder =)
Photos du live à Dour :
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Re: La sélection de la semaine de votre chroniqueur dévoué

Messagede Staph Beck » 17 Sep 2009 19:35

port du casque obligatoire :lol:
Tonight's the night. And it's going to happen again, and again. It has to happen. Nice night.
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Re: La sélection de la semaine de votre chroniqueur dévoué

Messagede Bob » 27 Sep 2009 16:56

Un peu par flemme mais aussi et surtout parce que je n'ai pas d'albums en tête sur lequel je pourrais pleinement me concentrer... Voilà quelques chroniques express pour cette semaine, parce que j'ai écouté un bon lot de nouveaux albums.

Fuck Buttons - Tarot Sport (2009)
Electro-ambient psychédélique
Image
Un an et demi seulement après la sortie de Street Horrsing, le duo anglais originaire de Bristol Fuck Buttons s'est remis au travail et présente son nouvel opus, Tarot Sport. La pochette, très proche dans le style de celle du premier album (fond bleu ciel/mer, éléments géométriques symétriques) m'a d'abord laissé pensé qu'il aurait de la redite.... Que nenni !
Officiant toujours dans un électro noisy et psyché, Fuck Buttons s'est cette fois-ci séparé du côté expérimental et brouillon du premier opus pour rendre leur musique plus directe, et également plus accessible. La méthode de composition est assez semblable au premier opus : en fond, un mur du son lourd et dense, sur lequel s'ajoute généralement une mélodie tournant en boucle, avec un tempo relativement lent pour accentuer le côté planant. Globalement l'oeuvre est moins complexe que Street Horrsing, et donc moins lourde à digérer. Le seul reproche qu'on pourrait lui faire est le côté inégal de l'oeuvre, certains titres se remarquant davantage que d'autres plus "classiques" comme "Olympians".
• Morceaux à écouter : "Surf Solar" (en version raccourcie avec des pingouins), "Space Mountain", "Flight of the Feathered Serpent"

7,5/10


Greymachine - Disconnected (2009)
Indus Metal - Drone
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Un projet réunissant Justin Broadrick (Jesu, Godflesh) et Aaron Turner (Isis), il n'en faut pas plus pour me convaincre d'écouter un album.
Je me jette donc avec joie sur ce premier album d'une collaboration intéressante entre deux musiciens que je considère comme étant talentueux.
Bon point : plutôt qu'une simple fusion entre le son de Isis et celui de Godflesh, même si on sent l'influence de ce dernier, Greymachine crée de toute pièce son univers qui réunit habilement un metal industriel avec des sonorités plus lourdes façon sludge ou doom.
Mauvais point : Si la recette s'avère convaincante et réussie, elle semble encore trop (god?)fraîche et bâclée. Disconnected a l'allure d'un bootleg plutôt que d'une oeuvre complète, méditée, travaillée et aboutie.
Bon point : cette lourdeur. La basse pèse trois tonnes et nous fout dès les premières secondes un gros coup de poing dans le bide. L'album est violent, torturé, le son est crade, les guitares crient, et tout y est poussé à l'extrême de manière brillante.
Mauvais point : 71 min, c'est bien trop long. 7-8 minutes en moyenne par morceau, c'est bien trop long. Si certains parviennent à se détacher du lot en changeant un minimum la formule, dans l'ensemble, le son est vite gavant.
Dans l'ensemble, un premier essai plutôt convaincant, remplie de bonnes idées mais qui se perdent dans un flot de passages qui donnent plutôt l'impression de combler un vide. A suivre de très près, tout de même...
A écouter : "Wolf at the Door", "Vultures Descend", "Wasted"

6,5/10


Zozobra - Bird of Prey (2008)
Sludge Metal / Stoner
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On reste avec Aaron Turner puisque Zozobra est un projet signé sur Hydrahead (son label) réunissant des membres d'Isis et de Cave In, entre autres.
Le style de Zozobra, et leur musique n'ont - en-soi - rien de nouveau ou d'unique, appelons ça du stoner metal. Ce qui fait la différence chez ces trois américains c'est la patate qu'ils donnent à leur musique, le dynamisme des compositions. Ca m'a rappelé au premier abord un mélange particulier entre l'intensité de Cursed et l'énergie de Kylesa. On enlève au premier sa noirceur et son côté malsain pour lui donner un côté plus épique et rock'n'roll comme on en trouve dans le second. Le tout est un appel à ce que le rock a de plus heavy, et même si ça ne transcende pas par son originalité, leur son est terriblement efficace.
L'album est très court (30 min) mais cela suffit amplement à faire l'affaire et à leur éviter de se répéter. Un coup de maître, en somme.
A écouter : "Heavy With Shadows", "Heartless Enemy"
http://www.myspace.com/zozobra505

7,5/10


Je vais m'arrêter là pour aujourd'hui ^^ Je comptais chroniquer TNT de Tortoise et le dernier Atlas Sound, mais j'aurais trop de choses à dire sur ces deux albums alors ce sera pour une autre fois.
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Re: La sélection de la semaine de votre chroniqueur dévoué

Messagede Bob » 06 Nov 2009 19:09

Avec les vacances et les partiels, j'ai pas eu beaucoup de temps (et encore moins de motivation) pour me mettre à écrire une nouvelle chronique, mais me revoilà =D

Axe To Fall (2009)
Converge

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La recette du metalcore parfait

Aujourd'hui je vais tenter un nouveau type de chronique dite track-by-track, même si généralement je ne suis pas partisan de ce mode de fonctionnement ("le tout est plus que la somme de ses parties", comme on dit), elle me permettra ici de décrire en détails chaque chanson car chacune d'entre elles m'a beaucoup marqué.
Je précise également qu'en tant que fan de Converge, je peux encore moins prétendre à une certaine objectivité (en ne faisant que décrire leur musique par exemple), car ce groupe me tient à coeur, j'attendais beaucoup de cet album, donc mon jugement ne peut qu'en être altéré. L'attente joue toujours énormément dans l'appréciation d'un album...
Converge est un groupe originaire de Boston qui officie depuis bientôt 20 ans dans un punk-hardcore teinté de riffs metal, dont la voix écorchée du chanteur Jacob Bannon est certainement l'élément le plus marquant au premier abord. Ils ont atteint une certaine notoriété en 2001 avec la sortie de Jane Doe qui est considéré aujourd'hui comme un classique de la musique extrême. 8 ans plus tard et après deux albums bien accueillis par la critique (You Fail Me en 2004 et No Heroes en 2006), ils nous reviennent en grande forme avec Axe to Fall au moins d'octobre 2009.

"Dark Horse" (ici) ou l'introduction qui fait état de ce que sera l'ambiance globale de l'album : rythme endiablé et imparable, puis survient un riff très technique et finalement très étonnant de la part du groupe. Si l'influence du metal dans leur musique s'est toujours fait entendre, elle n'a jamais été aussi flagrante. Le riff de Dark Horse est épique, et part dans les aigus à la manière d'un solo. Une grosse voix fait office de refrain précédent l'apparition de la voix criarde de Jacob Bannon, qui bien que torturée, est toujours un plaisir à entendre à nouveau lorsqu'on est un amateur de leur musique comme votre serviteur.

"Reap What you Saw" (ici) fait suite, et si l'on est déjà très vite entré dans le vif du sujet, le groupe ne s'arrête pas là et continue sur sa lancée, déployant plus d'énergie que jamais. A 300 à l'heure, la batterie surprend par un jeu rapide et intense, et comble de la surprise : un solo. Un solo dans un album de Converge. On m'aurait fait écouter il y a quelques mois la fin de ce titre, je n'aurais jamais deviner qu'il puisse s'agir de Converge.

"Axe To Fall" (clip) : pourtant les faits sont là, si Converge conserve le même format que sur l'album précédent (des chansons relativement courtes, une plus longue au milieu et une autre à la fin), leur son s'est nettement orienté vers quelque chose de plus carré et définitivement plus metal qu'à ses habitudes. Force est de constater que la formule fonctionne, tout en conservant l'essence et l'esprit de leur musique, le groupe fait la part belle à cette musique massive, et Axe To Fall avec ses 1min40 de folie en est un des meilleurs exemples.

"Effigy" (ici) : en conservant une vitesse à couper le souffle, l'album continue avec Effigy qui reste dans le même esprit que les précédents titres, si l'on excepte la présence de cette guitare au son tourbillonnant et strident qui survole les autres instruments, par-delà un véritable déluge de décibels où le batteur martèle son kit et où la voix est à peine auditive. Il faut encore s'accrocher car c'est loin d'être terminé...

"Worms Will Feed" (ici) : titre central, plus long (6min), au tempo plus lent également ; il faut savoir que c'est le rare moment où le rythme ralenti, sans pour autant abandonner le côté imposant et massif des titres précédents. Dès les premières secondes de celle-ci, un riff typiquement Converge-ien comme ils ont l'habitude d'en composer depuis Jane Doe. Pilier central de l'oeuvre, Worms Will Feed permet de rendre plus digeste un album qui aurait semblé trop linéaire sans ce type de morceau.

"Wishing Well" (ici) nous replonge petit à petit dans l'abyme et se clôt par un solo qui à mes yeux, justifie à lui-seul l'existence et l'intérêt du metal tant l'idée du genre semble y être bien saisie et appréhendée.

"Damages" (ici) ralentit lui aussi le rythme et allonge les notes, avec une guitare qui se fait plus lourde. Ici, ce ne sont pas les solos qui m'ont étonné mais plutôt l'influence assez flagrante des Melvins (sur la fin) par un son plus proche du sludge-metal qu'ils ne l'ont jamais été, rendant ainsi l'album plus varié et ouvert.

"Losing Battle" (ici) est un titre bien rock'n'roll dans lequel le groupe se montre toujours aussi techniquement précis.

"Dead Beat" (ici) débute de manière surprenante, moins épique et plus orienté screamo (plus mélodique donc), notamment pour la voix et la guitare (la batterie restant très puissante et carré en arrière-plan). Un morceau court mais qui est certainement un des plus accessibles de cet album par ce semblant de de refrain qu'il apporte.

"Cutter" (ici) commence par aller crescendo avec un riff très rock qui monte de plus en plus dans les aigus, se terminant dans l'esprit des premiers titres avec une batterie ultra rapide.

"Slave Driver" (ici) me rappelle beaucoup certains passages de You Fail Me dans l'esprit, avec une ambiance un peu plus sombre et malsaine qui annonce parfaitement la conclusion de l'album.

"Cruel Bloom" (ici), chanson sur laquelle Steve Von Till (Neurosis) chante en guest.
Chose tout à fait étonnante, le titre démarre... sur du piano (accompagné d'une guitare acoustique). La batterie a disparu, et le refrain s'y apparente à une douce ballade. L'effet est assez étrange tant la cassure est nette avec le reste de l'album, mais il faut saluer l'originalité du titre qui est du jamais-entendu chez Converge jusqu'à présent. C'est presque... trop gentil. J'avoue que le titre m'a donné un peu de mal au début, mais il faut dire que la fin est absolument énorme, dans le sens propre du terme. Le groupe y finit en apothéose, un peu comme c'était déjà le cas pour Jane Doe.

"Wrechted World" (ici) enfin, qui conclut l'album de la plus belle des manière et constitue une des plus belles réussites du groupe à ce jour. Ils commencent sur un air qui s'apparenterait presque à du post-rock si le riff n'avait pas ce côté torturé et déchirant propre au groupe. Deux guitares sont présentes pour l'occasion, ce qui est plutôt rare chez ce groupe également.
Après une heure de musique d'une violence rare et d'une maîtrise technique impressionnante, la note finale, plus légère malgré une batterie toujours très mise en avant, agit de manière salvatrice et nous amène doucement vers la sortie.

Je n'ai jamais été un grand amateur de metal même si cette musique a toujours été présente dans de nombreux groupes que j'écoute. Jusqu'à cet album je me disais même que le genre n'avait plus grand chose à m'offrir, quand je me tournais davantage vers d'autres formes de rock ou même d'autres styles musicaux (hip-hop, électro).
Rappel à l'ordre avec Converge pour ce qui est une définition d'une "claque musicale", un album d'une rare violence et d'une rare intensité qui montre un groupe évoluant, dépassant toujours son prédécesseur et surprenant l'auditeur newbie comme le fan averti. Epique, sans être prétentieux, le guitariste Kurt Ballou semble s'y donner à coeur joie pour les solos qui font leur entrée dans la musique du groupe. Celle-ci n'est certainement pas accessible à tous et beaucoup de gens n'apprécient pas le côté torturé de leur musique, ce qui se comprend facilement. Mais l'originalité est là. Le style est là. Si Jane Doe reste pour beaucoup (moi y compris) leur chef-d'oeuvre ultime, cela n'empêche pas Converge, en 2009, d'avoir encore quelque chose à dire et à prouver.
Le metalcore est un mouvement né avec des groupes comme Killswitch Engage et In Flames, qui a amené la création de nombreuses bouses musicales outre-Atlantique. Si l'on prend le terme "metalcore" au sens propre, à savoir une association entre une musique hardcore-punk (rapide, courte, violente et relativement simpliste) et le genre metal (riffs massifs, batterie puissante et jeu carré et techniques, solos), Axe To Fall est l'Album de metalcore, le meilleur que vous pourrez entendre de cette fusion. Sans l'once d'une hésitation.

9/10

Tracklist :
1 Dark Horse
2 Reap What You Sow
3 Axe to Fall
4 Effigy
5 Worms Will Feed
6 Wishing Well
7 Damages
8 Losing Battle
9 Dead Beat
10 Cutter
11 Slave Driver
12 Cruel Bloom
13 Wretched World

Note sur l'artwork : crée par Jacob Bannon (le chanteur) j'imagine, comme d'habitude. Le style est très proche de la pochette de Jane Doe ou de No Heroes. Trashy, mais sublime.

NB : pour vous donner une idée de ce que donne la puissance de leur musique, commencez par cette vidéo (ce batteur est un malade).

http://www.myspace.com/converge
http://www.convergecult.com/
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Re: La sélection de la semaine de votre chroniqueur dévoué

Messagede Bob » 10 Jan 2010 17:29

I'm back !


Flood (2000)
Boris

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ex- drone/doom

Dans les années 90 a émergé, avec des groupes tels que Earth ou les Melvins, une musique nouvelle, un rock dénué de rythme et qui faisait résonner et bourdonner des guitares au son lourd et saturé. Sunn O))), groupe créé initialement en hommage à Earth, reprend cette idée et l'exploite, jusqu'à devenir aujourd'hui le fer de lance du drone-doom, connu au-delà des amateurs du genre, et se démarquant dans le domaine musicale en général par une musique qui ne laisse jamais indifférent.

Boris est un trio japonais, dont le nom - ridicule, il faut l'admettre - vient justement d'une chanson des Melvins. J'ai tendance à voir ce groupe comme un groupe-hommage, lui aussi, à toute cette scène rock américaine méconnue ; car on retrouve dans Boris tout ce que le rock a fait de plus lourd, du stoner au drone, et toujours avec cette sensibilité, cette touche typiquement japonaise. Ils ont produit de nombreux albums dans des styles toujours très variés : certains penchent vers le drone-doom à la sauce Sunn (Amplifier Worship, Dronevil), tandis que d'autres sont tout ce qu'il y a de plus rock'n'roll (Heavy Rocks!, Pink). Et dans cette discographie très riche et varié, deux albums se démarquent car ils ne se soumettent à aucune étiquette particulière : Feedbacker, sorti en 2003, et Flood sorti en 2000.

Flood n'est en réalité qu'un seul et unique morceau de 70 minutes, divisé en 4 parties.
Il est évident, vous vous en doutez déjà, qu'un tel disque possède déjà un défaut : sa longueur et sa lenteur. Il est très difficile de s'immerger complètement dans le disque et de ne faire qu'écouter, il y aura forcément un moment où vous décrocherez. Ce disque, sa musique, a quelque chose de peu commun qui s'expérimente dans des circonstances particulières. Personnellement, je vous conseille la ballade, les transports, les voyages, les paysages, ou même chez vous devant votre ordinateur. Flood est une sorte de bande-son pour votre vie... mais j'y reviendrai.

On démarre le disque : silence complet. Puis un déclic, mécanique, et une mélodie s'installe en résonance : un riff de guitare clair, joué en boucle. Juste ça. Pendant plusieurs minutes, jusqu'à ce qu'une autre guitare s'installe par dessus en jouant le même air. Petit à petit cette mélodie, simpliste, s'installe dans votre oreille comme une image reste gravée sur votre rétine ; à un tel point que lorsque la seconde partie démarre, on pourrait y inscrire la première mélodie par dessus, elle collerait parfaitement. Et c'est clairement l'effet voulu.
Flood est un voyage sonore ; on part d'un silence complet, et on évolue. D'abord une mélodie légère jouée par une guitare, seule. Puis ce riff s'impose de plus en plus, se multiplie, jusqu'à une sorte d'explosion. Puis la batterie fait son apparition. Puis une seconde guitare qui reprend l'air du début... Et on poursuit de la sorte, ne sachant jamais vraiment où la musique va nous emmener. Flood est, comme l'illustre sa pochette, une vague : démarrant au loin, de nulle part, partant de rien et grossissant au fur et à mesure qu'elle s'approche du large. Un son qui subit l'effet boule de neige.
A la fin du deuxième morceau, c'est une troisième guitare au son distordu qui apparaît et se rajoute aux autres éléments déjà présents pour jouer un solo lent et plaintif, qui parvient à nous rappeler le véritable rôle d'un tel son pour une guitare : son côté torturé et épique, dissonant et déchirant. De douces voix peuvent être perçues en fond.
Puis, quelques minutes après le début de ce troisième morceau, un énorme break : un son gras et massif s'impose, des guitares lourdes, une batterie qui frappe plus fort, des voix bien mises en avant. Une nouvelle étape est franchie, et le son continue pourtant toujours d'aller crescendo, jusqu'à créer un mur du son où le riff n'est plus qu'un écho.
On entame la dernière partie, bien moins évasive que les précédentes et davantage renfermée sur elle-même. C'est l'impression donnée par l'apparition de la basse dans la musique, qui rend l'ambiance plus pesante. La fin de l'album, plus particulière et moins accessible, se constitue quasi-uniquement de faibles sons à peine audibles, qui nous reconduisent tranquillement au silence.

Flood est à mon sens une expérience musicale, une peinture sonore ; un paysage nous est décrit, ses contours, ses reliefs particulièrement marqués. Les différents niveaux de mélodies en décrivent les traits, légers ou profonds, planants, violents, contemplatifs ou directs. S'il s'éloigne fortement des sentiers drone-doom, il n'en a pas moins compris l'intérêt : c'est une expérience sensorielle avant tout. Un réalisateur américain indépendant, un certain Jim Jarmusch (Ghost Dog, Dead Man, Broken Flowers) l'a très bien compris, et a utilisé la musique du groupe pour son dernier film : the Limits of Control.
La plupart des musiques actuelles a cette part de superficialité, ce côté fast-food qui veut la satisfaction immédiate du consommateur : chanson courte, format couplet-refrain, et pas besoin de voir plus loin. Le format radio, en quelque sorte. "Les gens n'ont pas que ça à foutre alors autant en venir à l'essentiel." Il est devenu plus difficile d'apprécier la musique en son essence, en tant qu'art ; il ne s'agit plus de savourer chaque suite de note, d'apprécier la coordination des instruments, les mélodies qui se développent et s'emboîtent. C'est ce que je me dis à chaque fois que j'écoute Godspeed You! Black Emperor : les gens ne savent plus prendre le temps d'écouter.
Et c'est la même chose pour Flood - long, certes, mais qui s'attache à donner de l'importance à chaque élément s'ajoutant à la fresque sonore.

9/10
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Re: La sélection de la semaine de votre chroniqueur dévoué

Messagede Bob » 17 Jan 2010 02:58

Merriweather Post Pavilion (2009)
Animal Collective

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Electro-pop-psyché futuriste

"Beurk, c'est quoi cette pochette immonde ? C'est quoi ces voix égorgées qui chantent en chœur niaisement et qui prennent la tête ? Ces compositions électroniques kitsch au possible et saturées d'effets à en vomir ? C'est un concours de mauvais goût ?"
... Telle fut ma première réaction à l'écoute de Merriweather Post Pavilion, sorti en début d'année 2009, il y a tout juste un an.
Et cet album a tenu un an. Pardon mais cette chronique risque d'être encore plus longue que les précédentes, mais si cet album a su me captiver une année et continue encore aujourd'hui de me porter, c'est qu'il est définitivement devenu un classique à mes yeux

My mind gets lost
Feeling envy for the kid who'll dance despite anything
I walk out in the flowers, and feel better

If I could just leave my body for the night,
Then we could be dancing
No more missing you while I'm gone
There we could be dancing,
And you'd smile and say, "I like this song"
And when our eyes will meet there
We will recognize nothing's wrong
And I wouldn't feel so selfish
I won't be this way very long

To hold you in time


Merriweather Post Pavilion est le cinquième album d'un collectif composé d'Avey Tare, Panda Bear et Geologist. Leur musique s'était spécifié jusqu'alors par ce son résolument pop dans l'âme, cette instrumentation électro créé de toute pièce et l'environnement psychédélique créé autour : tantôt doux et planant, tantôt saturé et exagéré, il y a toujours un sentiment d'excès lorsqu'on aborde leur musique. Excès de voix, constamment présentes. Excès de couches sonores, empilées les unes sur les autres, arrondies, trafiquées, remaniées jusqu'à n'en plus pouvoir. Difficile d'apprécier dès la première écoute, et pourtant...

I don't mean to seem like I
Care about material things,
Like a social status,
I just want
Four walls and adobe slats
For my girls


... MPP est leur album le plus pop et le plus accessible, mais paradoxalement le moins lassant. Ils ont perdu en expérimentation ce qu'ils ont gagné en cohérence ; un album qui voit plus large, devrait toucher plus de gens, et qui reste fondamentalement ancré dans leur style si particulier. En clair, leur travail n'a jamais été aussi aussi abouti. Ils ont suffisamment aéré leur musique pour la rendre plus digeste. C'est comme si la folie de leur musique cachait ici une part de sagesse qu'ils auraient acquis au fil des albums ("My Girls"). C'est toujours assez barré, ça sonne toujours aussi niaisement gamin, mais ils semblent avoir touché une certaine grâce qui transparaît dans leurs compositions. En cela cet album est une expérience musicale comme nulle autre.

MPP porte cette force, il a cette mélancolie maladive qui le traverse et ses mélodies enjouées, entêtantes se calquent par dessus ("No More Runnin", "Daily Routine"). Il dépeint des textures colorées et envoûtantes qui donnent une vision nouvelle de la notion de "psychédélisme". Le clip d'"In the Flowers" l'exprime bien : il y a ce côté enfantin, cette joie simpliste et utopiste qui prend l'auditeur, et qui mystifie une réalité décevante. On retrouve une sorte de bonheur primaire, du moins c'est ce que je ressens à chaque écoute.

You got to weigh what he said
To help you shape the way you play
You gotta get rid of the mourning
Sort out the habits of your mind

Until fully grown
You got a real good shot
Won't help to hold inside
Keep it real keep it real shout out


N'étant pas familier au genre, c'est peut-être la raison pour laquelle cet album m'a foutu une bonne claque musicale comme j'ai rarement eu l'occasion de m'en prendre. C'est un alien de la pop, et pour avoir expérimenté la chose en live, la même impression ressort : on se laisse porter par ses mélodies qui anesthésient les oreilles et l'esprit autant qu'elles peuvent parfois secouer l'auditeur et lui donner tout l'optimisme qu'il lui faut, sans jouer dans le trop plein de bons sentiments, car toujours cette tristesse guette. Une impression de pop futuriste, des sons venus d'ailleurs ; détestable au premier abord tant ça dégouline de partout, si accrocheur au bout de quelques écoutes que vous avez rarement entendu quelque chose d'aussi pur.
A mon sens, un album qui a marqué la pop et qui au fil du temps s'imposera comme culte.

9,5/10

1 In the Flowers (http://www.youtube.com/watch?v=fYEAflCO4Eo&feature=fvst)
2 My Girls (http://www.youtube.com/watch?v=zol2MJf6XNE)
3 Also Frightened (http://www.youtube.com/watch?v=HWP7x1oF9dA)
4 Summertime Clothes (http://www.youtube.com/watch?v=GxhaRgJUMl8)
5 Daily Routine (http://www.youtube.com/watch?v=RF2Galu9Rsw)
6 Bluish (http://www.youtube.com/watch?v=NZlXwPb_JPM)
7 Guys Eyes (http://www.youtube.com/watch?v=XaMZbSlmFVc)
8 Taste (http://www.youtube.com/watch?v=3laWD67g3PA)
9 Lion in a Coma (http://www.youtube.com/watch?v=i_42Sighttk)
10 No More Runnin (http://www.youtube.com/watch?v=yEopa7nR5Qg)
11 Brother Sport (http://www.youtube.com/watch?v=wEIhXPK0TSM)
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Re: La sélection de la semaine de votre chroniqueur dévoué

Messagede Koma » 19 Jan 2010 21:50

J'ai beau réessayer régulièrement, je ne supporte toujours pas Animal Collective pour ma part..
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